Chris Offutt : La Loi Des Collines / Shérif Malgré Lui. Dettes de sang.
Il est l'une des grandes figures littéraires de cette Amérique rurale, de ces contrées de la marge qu'il n'a eu de cesse de mettre en avant dans l'ensemble de son oeuvre qui prend pour cadre ce Kentucky rugueux des Appalaches où il a grandi, notamment à Haldeman, au sein d'une communauté ouvrière, nichée au pied de ces contreforts montagneux et isolés que l'on désigne sous l'appellation des collines. Et comme de très nombreux écrivains de ce calibre, Chris Offutt a vécu une période de baroudeur en arpentant les Etats-Unis en stop tout en exerçant une multitude de boulots variés, que ce soit éboueur ou vendeur ainsi qu'employé dans un abattoir ou pour un cirque puis d'embarquer pour la France où il va séjourner durant six mois en vivant sur ses maigres économies qui, une fois épuisées, le contraignent à retourner au pays, où il se lancera dans l’écriture tout comme son père auteur d’une multitude de romans de sciences fiction et de fantaisy ainsi que d’un nombre considérable de textes à caractère pornographique qu’il rédigea sous le couvert de divers pseudonymes. De cette vie tumultueuse, Chris Offutt en tirera trois romans autobiographiques avant de publier un recueil de nouvelles, Kentucky Straight (Gallmeister 2018) traduit par l’incontournable Philippe Garnier pour la collection La Noire chez Gallimard et repris par la suite par les éditions Gallmeister qui vont publier l’ensemble de ses textes et contribuer ainsi à une certaine renommée notamment avec Nuits Appalaches (Gallmeister 2019) qui obtient en 2020 le prix Mystère de la critique. Outre ce profil de baroudeur, le romancier partage avec d’autres écrivains de son acabit, cette particularité de s’être éloigné des lieux où il a grandi et sur lesquels se concentre ses intrigues, à l’instar de James Ellroy ayant quitté Los Angeles pour vivre à Denver, James Lee Burke désertant la Louisiane pour s’établir à Missoula ou William Boyle qui s’est éloigné de Brooklyn pour s’installer à Oxford dans le Mississippi en devenant le voisin de Chris Offut qui ne compte pas retourner dans son Kentucky natal, hormis par l’entremise de sa série d’ouvrages mettant en scène Mick Hardin ancien Marines et enquêteur pour la police militaire qui revient à Rocksalt, une bourgade des Appalaches où il a vu le jour et au sein de laquelle sa soeur Linda endosse la fonction de shérif.
La Loi Des Collines :
Cette fois-ci, ce n'est pas une blessure ou un divorce douloureux qui poussent Mike Hardin à revenir dans les collines de son Kentucky natal. Bénéficiant d'une retraite bien méritée, après 14 ans d'activité comme enquêteur du CID de l'armée américaine, il compte simplement se rendre à Rocksalt afin de saluer sa soeur Linda qui vient d'être réélue comme shérif, avant de s'envoler pour la France. Mais Linda et son adjoint Johnny sont sur une grosse affaire en lien avec le meurtre d'un mécanicien bien connu de la région ce qui contraint Mick à intervenir, à son corps défendant, sur une affaire mineur qui débouche sur des rumeurs de combats de coq clandestins et surtout sur la découverte d'un second cadavre. Et bien qu'il ne souhaite pas s'investir dans cette affaire, les événements vont le contraindre à poursuivre ses investigations qui vont le conduire du côté de Detroit en côtoyant les membres peu commodes de la pègre locale. Mais que ce soit dans les bois des collines ou dans les méandres d’une ville tentaculaires, Mick Hardin sait s’adapter à son environnement pour arriver à ses fins. Il ne reste plus qu’à espérer que son audace ne lui coûte pas la vie.
Troisième opus de la série, après Les Gens Des Collines (Gallmeister 2022) et Les Fils de Shifty (Gallmeister 2024), on retrouve avec un plaisir certain, dans La Loi Des Collines, l’ensemble des protagonistes d’une série qui prend une tournure plutôt inattendue à l’exemple de cette évocation de la France et plus particulièrement de la Corse qui ne sort pas de nulle part puisque certains admirateurs francophones viennent rendre visite à Chris Offutt dans son antre reculé du Mississippi à l’instar du romancier Nicolas Mathieu ou du journaliste Sébastien Bonifay, directeur de Libri Mondi, un festival littéraire d’envergure se déroulant à Bastia. Il semble que cette dernière rencontre ait marqué les deux hommes puisque Sébastien Bonifay en évoque les contours dans son ouvrage (Not) Born In The USA (Marchialy 2026), retraçant son road trip aux Etats-Unis pour s’entretenir avec les écrivains qu’il admire tandis que Chris Offutt fait mention d’un mystérieux Sébastien installé en Corse qui apparait dans le cours de ce nouveau volet des aventures de Mick Hardin et que l’on retrouvera dans Shérif Malgré Lui, tenez-le vous pour dit. Hormis la Corse, on relèvera que Chris Offutt va s’opposer la ruralité abrasive du Kentucky à l’urbanisme tout aussi rugueux d’une ville de Détroit dans laquelle une part non négligeable de l’intrigue va se dérouler et où va apparaître Charley Flowers un individu charismatique tout aussi inquiétant que le décor urbain dans lequel il évolue et dont les échanges savoureux avec Mick Hardin laisse entrevoir une redoutable intelligence au service des trafics sur lesquels il règne sans partage. Mais c'est également autour de la personnalité de Linda Hardin que l'histoire se développe en mettant en avant cette femme shérif au caractère fort, à l'image de ce comté dont on se plait toujours à découvrir certains aspects du quotidien qui se déclinent autour de ses interventions et des rapports qu'elle entretien avec la communauté qui semble l'apprécier. Tout cela s'articule autour du thème des paris clandestins qui prennent une toute autre envergure dans cet environnement précaire où chaque dollar compte ce qui va déclencher toute une succession d'événements tragiques que Mick Hardin va donc devoir gérer en endossant une nouvelle fois le rôle de shérif adjoint ce qui lui permettra d'interpréter la loi à sa manière bien particulière. Et c'est ce que l'on apprécie avec cet homme aux traits de caractère complexes que Chris Offutt met en place avec un sens aiguisé de la narration afin de faire en sorte que l'arche narrative de l'ensemble de la série prenne davantage d'envergure dans ce cadre âpre du Kentucky qu'il restitue de manière admirable sans jamais tomber dans la caricature. On en redemande.
Shérif Malgré Lui :
C'est officiel, Mike Hardin endosse désormais la fonction de shérif au sein de la petite ville de Rocksalt dans le Kentucky, ceci jusqu'à ce que sa soeur Linda, victime d'une blessure par balle, se soit rétablie. Le voilà qui parcoure donc les collines en gérant du mieux qu'il le peut les événements qui se présentent à lui à l’instar. Et autant dire qu'il n'est pas à l'aise dans ce rôle, ce d'autant plus que son ex femme Peggy le sollicite afin d'en savoir plus sur les circonstances qui font que Zack, son nouveau mari, vient d'être inculpé pour un meurtre qui s'est déroulé à la lisère du comté. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que des individus en provenance de Détroit viennent squatter la cabane de son grand-père qu'il vient de retaper, afin d'échapper à la menace de truands biélorusses prêts à en découdre. Autant dire qu'arpenter les forêts qui recouvrent les collines de la région ne va pas être de tout repos.
D’emblée, il conviendra de lire tout d’abord La Loi Des Collines afin de saisir toute la portée des différentes intrigues qui alimentent Shérif Malgré Lui où l’on retrouve donc Mike Hardin ainsi que sa soeur Linda qui évoluent dans cet univers rural du Kentucky que Chris Offutt met en avant avec le talent qu’on lui connaît tant sur le plan des paysages qu’il dépeint avec cette verve à la fois sobre et poétique et qui devient bien plus qu’un simple décor, que sur le plan d’une narration, certes complexe, qui donne l’impression de partir dans tous les sens mais que le romancier finit par ramener à bon port en abordant notamment le thème des magouilles immobilières qui semblent déborder dans le comté d’Eldridge où les gens du coin vont s’opposer à quelques promoteurs véreux tandis que Mike Hardin va une nouvelle fois interpréter les lois à sa manière. Et pour parachever le tout, on relèvera cette confrontation finale imprégnée de tension, prenant pour cadre cette fameuse forêt des collines devenant le théâtre d’événements tragiques aux allures de règlement de comptes à O.K. Corral mettant un terme à quelques intrigues secondaires alors que d’autres vont prendre naissance en relançant l’histoire dont on attend d’ores et déjà une suite. Mais la singularité du roman réside dans le parcours de Johnny Boy Tolliver, personnage secondaire qui gagne en maturité en trouvant refuge au sein du maquis corse et en se plaçant sous la protection de ce mystérieux Sebastien qui a partagé quelques faits d’arme avec Mick Hardin dont il semble être redevable. Et il faut bien admettre que Chris Offutt se révèle plutôt à l’aise pour mettre en scène cet environnement insulaire méditerranéen dont il a saisi les particularités sans trop tomber dans les clichés, ce qui fait que le récit prend une tournure inattendue qui lui évite donc de s’enliser dans les méandres d’un épilogue trop convenu. Et puis il y a toujours ces échanges vifs et savoureux mettant en exergue la mentalité à la fois rêche et généreuse de ces gens des collines du Kentucky auxquels on finit définitivement par s’attacher. C’est peut-être là que réside toute la magie de l’écriture de Chris Offutt.
Chris Offutt : La Loi Des Collines (Code Of The Hills). Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anatole Pons-Reumaux.
Chris Offutt : Shérif Malgré Lui (The Reluctant Sheriff). Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides.
A lire en écoutant : Heaven Sent de The SteelDrivers. Album : The SteelDrivers. 2008 Rounder Records.
Il y avait bien eu l’adaptation au cinéma de son unique roman, Donnybrook, une histoire féroce de combats clandestins prenant pour cadre une région reculée de l’Indiana, mais depuis 2014, on était sans nouvelle de ce romancier dont le texte était traduit par Antoine Chainas pour trouver sa place dans la Série Noire, de l’époque où Aurélien Masson, grand découvreur de talents un peu décalés, était aux commandes. Hautement recommandé, encore tout dernièrement, par Donald Ray Pollock himself, on ne peut que se féliciter qu’Aurélien Masson, désormais directeur littéraire chez Plon, ait pris l’initiative de publier Mordre La Poussière, second roman de Frank Bill qui rend hommage à son père, un vétéran de la guerre du Viet Nam incorporé dans le corps de Marines. Comme pour les romans et nouvelles
Son statut d’ancien combattant au Viet-Nam ne lui donnant aucun passe-droit, Miles Knox risque bien de perdre son travail à la suite d’une bagarre devant l’usine avec un collègue voulant l’arnaquer avec une livraison de stéroïdes qu’il différait sans cesse. Il faut dire qu’à 57 ans, le vieux briscard se montre toujours aussi colérique et seule Shelby, une strip-teaseuse au grand coeur, est capable d’apaiser cette nervosité qui le ronge et d’éloigner les fantômes qui l’accompagnent en permanence. Mais la jeune femme doit également protéger son frère Wylie, un individu instable qui vient d’éliminer un couple de dealers d’oxycodone et qui n’a rien trouvé de mieux que de kidnapper sa soeur et de l’emmener dans le refuge de pêche de Miles afin de se soustraire à ses poursuivants. Bien décidé à retrouver celle qu’il aime et dont il est sans nouvelle, Miles
Lu dans le cadre du festival Libri Mondi broie du noir (30 mai 2026).
Du côté de l’Ohio, si vous débarquez du côté de Knockemstiff, comme ce couple californien, on se dira que vous vous êtes sans doute égarés dans cette combe désolée qui vous contraindra à faire demi-tour. Mais pour ne pas perdre votre temps, vous frair comme eux et et prendre quelques photos des pancartes figées par le temps qui ornent le magasin de Maude, unique commerce de ce patelin perdu. Hormis l'employé qui y travaille plus de dix heures par jour, vous croiserez peut-être Jack Lowry, un gars un peu bizarre qui traine également du côté de Dynamite Hole, un endroit infesté de vipères cuivrées, qu'il a attrapées durant tout le cours de l'été. Au Torch Drive In, il ne vaut mieux pas se frotter à Vernon, un brin agressif lorsqu'on le contrarie devant son gamin, tandis que sa femme cuve sur le siège passager de la voiture. Pour boire un verre, il y a le Hap's qui ne sert pas à manger. Wanda, la barmaid, pourra vous fournir quelques gélules d'amphétamine sous le regard de Bobby Lowe et de son pote Frankie Johnson, deux habitués des lieux quand ils ne sont pas trop défoncés. Ils arpentent parfois la région à bord d'une Super Bee, modèle 69 jaune canari et à ce moment-là, il est préférable de vous ranger sur le bord de la route. Les poules des environs ont eu de mauvaises expériences avec ses deux lascars. Et puis lorsque vous quitterez Knockemstiff, vous passerez à nouveau sur le Schott's bridge et apercevrez Todd qui s'est hissé sur la rambarde du pont et qui regarde fixement les flots en attendant je ne sais quoi. Ils sont vraiment cinglés ces gens-là.
Durant sa jeunesse elle séjourne en France pour apprendre la langue puis étudie, dans le cadre de son cursus universitaire, la littérature médiévale ainsi que le vieux français dont certains aspects rejaillissent forcément dans plusieurs ouvrages composant son oeuvre. 

Au XVIIe siècle, dans cette région reculée de la Virginie, par une nuit de pleine lune, c’est quelque chose de bien pire que l’épidémie de petite vérole décimant les habitants du fort, que la jeune fille cherche à fuir en se
Il faut avant tout saluer l'admirable travail de Carine Chichereau, traductrice attitrée de Lauren Groff, qui parvient à restituer la folle petite musique de cette écriture où la modernité se conjugue au rythme poétique de l'époque où se déroule le récit et qui définit le style de Shakespeare, en lui conférant ainsi une aura incantatoire, oscillant entre mysticisme exacerbé et folie fiévreuse qui accompagne la trajectoire de cette jeune servante qui va s'émanciper de cet enfermement sociétal à mesure qu'elle progresse dans cet environnement sauvage, Les Terres Indomptées, donnant son titre à ce roman d'une majestueuse fureur. Mais Les Terres Indomptées c'est également cette étincelle de liberté qui anime la personnalité de cette domestique dont on va découvrir, au gré des réminiscences qui surviennent tout au long de son périple, les terribles raisons qui l'ont poussée à fuir ce fort, comme s'il s'agissait d'une renaissance ou d'un retour dans ce qui apparaît comme un paradis jadis perdu devenu à la fois hostile et indocile. Ce sont donc des souvenirs terrifiants qui rythment une intrigue chargée d'une lourde tension à mesure qu'apparait la tragédie qui frappe ses proches que ce soit le souffleur de verre qui l'accompagne durant l'épique traversée traversée de l'Atlantique ou Bess, cette fillette à l'esprit fragile dont elle à la charge et qu'elle prend en affection. Voyage intérieur flamboyant qui s’articule autour des fantômes qui cheminent avec cette jeune fille dont la quête demeure incertaine, ce conte féministe se construit dans la matrice de cette forêt luxuriante et inquiétante que Lauren Groff dépeint de manière magistrale au gré d'un texte flamboyant où les dangers omniprésents d’une nature impavide dictent le rythme des saisons qui s’enchainent dans ce qui apparaît comme une véritable ode mystique. Ainsi, outre la fusion organique qui s’opère avec cette nature omniprésente, il émerge de l’esprit tourmenté de la jeune femme dépouillée de toute identité, une certaine perception de l’existence d'un Dieu s’incarnant dans son indifférence à l’égard des hommes, bien éloigné de l’image asservissante qu’un pasteur dévoyé tentait de lui inculquer. Sans qu’il ne s’agisse d’un pamphlet, bien au contraire, on saisira ainsi l’allégorie propre au climat pesant qui règne sur le pays à l’instar de cette chasse au « wokisme » ainsi que la résurgence des courant religieux radicaux remettant en question la condition des femmes aux Etat-Unis dans ce qui émerge d’une politique globale de discrimination issue de l’administration actuelle qui prend de plus en plus d’essors. Et c’est dans
L’intrigue se déroule en Arkansas, terre d'origine de ce romancier qui fait donc partie de ce courant d'écrivains du Dixieland, ces états du sud des Etats-Unis, qui s'inscrivent dans la lignée de David Joy, de Ron Rash ou de Daniel Woodrell, dignes représentants de cette littérature noire célébrant ces régions rurales méconnues que ce soit du côté des Orzaks ou des Appalaches. Désireuses d'exploiter ce filon âpre, les maisons d'édition font en sorte de mettre en avant toute une multitude de nouveaux auteurs dont le souffle est peut-être un peu moins imposant que leurs illustres modèles à l'instar de Shawn A. Cosby ou tout dernièrement d'Eli Cranor qui publie A La Chaîne, son troisième ouvrage prenant pour cadre une usine de conditionnement de poulet où les travailleurs sont littéralement exploités. Si son premier roman, Don't Know Tough, notamment récompensé du prix Edgard Allan Poe 2023, n'a pas encore été traduit en français, Eli Cranor a bénéficié d'un certain intérêt dans nos contrées francophones avec Chiens Des Orzaks (Sonatine 2025) faisant l'objet d'un engouement tant auprès des critiques que des lecteurs saluant la mise en lumière de ces laissés pour compte qui hantent cette région désolée de l'Arkansas, même si l'on a pu lire quelques réserves quant à la crédibilité de certains aspects du récit. Pur produit de son environnement, cet ancien joueur-entraineur de football américain tant en Floride qu'en Suède, a également enseigné l'anglais pour des jeunes détenus ainsi que pour des enfants en difficulté sociale tout en s'imprégnant des aspérités de ces femmes et de ces hommes de la marge dont il restitue les affres au travers d'intrigues saillantes imprégnées de noirceur qui fleurent bon l'odeur cuivrée du sang mêlée à celle du bourbon frelaté de bas étage. Néanmoins ce sont plutôt des effluves peu ragoutante de poulets au chlore qui imprègnent A La Chaîne, où le romancier se focalise sur les conditions de travail des employés d’une usine de poulet, sur fond de lutte des classes et de discriminations au sein de l’industrie avicole, un acteur économique majeur de l’Etat qui font de Springdale la capitale mondiale de la volaille et dont on va distinguer certains aspects peu reluisants, terrain propice pour une intrigue chargée de noirceur.
Parqués dans un immense camp de mobile home situé non loin de Springdale en Arkansas, Gabriela Menchaca et Edwin Saucedo travaillent depuis sept ans dans un chaîne de conditionnement de poulet en tolérant, tant bien que mal cet épouvantable labeur sous-payé. Il faut dire qu’en tant que ressortissant mexicain sans papier valable sur le territoire des Etats-Unis, on ne peut aspirer qu’à ce type d’emplois précaires leur permettant tout de même de mettre un peu d’argent de côté afin de prendre le large. Mais tout bascule lorsque Edwin est renvoyé sans ménagement par Luke Jackson, le directeur de l’usine, qui ne fait valoir aucun motif valable pour justifier ce licenciement brutal. Aux abois financièrement et ne comptant pas en rester là, le jeune ouvrier mexicain, va s’en prendre à son patron ainsi qu’à son épouse prénommée Mimi qui vient de donner naissance à un premier enfant qu’elle élève du mieux qu’elle peut, dans l’immense demeure familiale. Mais s’il compte obtenir justice ainsi qu’un dédommagement à la suite de son renvoi, Edwin va rapidement se rendre compte que les choses ne fonctionnent pas comme il l’avait prévu, jusqu’au moment où les événements vont lui échapper totalement. Dans un enchaînement infernal, les deux couples vont dériver dans une spirale de confrontations tragiques qui vont remettre en question leurs responsabilités ainsi que leur sens moral mis à rude épreuve.
Mais il faut bien admettre que dans A La Chaîne, le propos est ailleurs et qu’Eli Cranor distille savamment ce choc des civilisations s’articulant autour de ces deux couples que forment Gabriela et Edwin, deux migrants mexicains aspirant à une vie meilleure, tandis que Mimi et Luke se débattent justement dans ce monde idéal de privilégiés, comme enfermés dans un jeu de convenances hypocrites